Les sept contes du tournant énergétique 2017-05-22T14:28:10+00:00

Les sept contes du tournant énergétique

Les lobbyistes, politiciens et journalistes racontent volontiers de belles histoires concernant ledit tournant énergétique. Ils cherchent à nous faire croire qu’il faut renoncer aux énergies traditionnelles (essence, pétrole, gaz naturel et énergie nucléaire). Leurs histoires ne sont en réalité que des contes pour enfants.

1. Un tournant énergétique peut être réalisé avec un peu de bonne volonté.

La réalité est la suivante: l'exemple allemand prouve à l'évidence qu'un tournant énergétique coûte excessivement cher sans pour autant atteindre les objectifs visés. Au niveau mondial, le nombre de nouvelles centrales nucléaires mises en service dépasse celui des usines atomiques arrêtées. Les émissions de CO2 augmentent, principalement à cause des activités économiques de la Chine, de l'Inde, de l'Afrique, de l'Asie du Sud-Est et du Proche-Orient. Le rêve d'un tournant énergétique ne se réalisera jamais, à moins que l'on admette une baisse de la productivité et un appauvrissement de notre société. Mais cela impliquerait une inversion du développement de notre civilisation avec comme corollaire une augmentation des atteintes à la nature. Vouloir une telle politique n'est pas un signe de bonne volonté, mais c'est une fuite devant la réalité.

2. Les énergies renouvelables créent de nouveaux emplois et maintiennent l'argent en Suisse.

La réalité est la suivante: si à l'avenir nous devons dépenser plus pour l'énergie, il nous restera forcément moins pour réaliser nos souhaits effectifs: vacances, aménagement de l'appartement, rente vieillesse, etc. Nous ne consommons pas de l'énergie pour en profiter directement, mais pour rendre notre travail plus productif, pour rendre notre vie plus civilisée et plus agréable. Restreindre artificiellement le recours à l'énergie, c'est pénaliser toute l'économie nationale, c'est détruire plus d'emplois que le tournant énergétique peut en créer de nouveaux. Les avantages d'une énergie à prix modéré pour les êtres humains et l'économie sont incomparablement plus grands.

3. Il existe d'importants potentiels d'économie d'énergie qui, pour de mauvaises raisons, ne sont pas exploités.

La réalité est la suivante: l'efficacité énergétique n'est pas gratuite. Les mesures d'économie, comme l'isolation des bâtiments, coûtent cher. Des appareils ménagers économisant l'énergie sont plus chers que les appareils moyens. Même le renoncement n'est pas gratuit… De nombreuses mesures accroissant le rendement énergétique ne sont pas rentables, car le retour sur investissement se fait attendre trop longtemps du fait que la même somme d'argent peut être engagée de manière plus productive ou qu'un investissement antérieur perd de la valeur à la suite de la nouvelle intervention. Avant l'industrialisation les êtres humains devaient accorder plus d'attention à leur approvisionnement énergétique. Grâce à des ressources énergétiques abondantes à prix modéré, ils peuvent davantage se consacrer à des activités humaines, à la science, la culture, la vie sociale. Y renoncer serait régresser.

4. Les centrales nucléaires – surtout des nouvelles – n'ont pas d'avenir.

La réalité est la suivante: les prix de l'électricité sur le marché sont aujourd'hui si bas qu'aucune nouvelle centrale électrique ne peut être rentable – qu'elle soit nucléaire, hydraulique ou au gaz. La cause en est une offre excédentaire d'électricité en Europe et la destruction du marché de l'électricité par un subventionnement massif des énergies renouvelables. Mais cette situation peut rapidement changer: par exemple, si la fermeture d'usines électriques traditionnelles déclenche une pénurie et, partant, un renchérissement de l'électricité, si les centrales classiques sont mieux rétribuées en raison de leur plus grande fiabilité ou encore si les nouvelles centrales nucléaires sont plus sûres et plus avantageuses grâce au progrès technique. Il est impossible d'affirmer aujourd'hui que les centrales nucléaires n'ont pas d'avenir, car personne ne connaît l'avenir et parce que la technique nucléaire est constamment perfectionnée.

5. Une extension massive des énergies renouvelables est financièrement abordable et peut remplacer la production des centrales nucléaires mises hors service.

La réalité est la suivante: l’extension des énergies renouvelables, notamment de l'énergie solaire et éolienne, coûte des sommes énormes. Premièrement, cette électricité est chère parce que sa production est moins efficace que celle des centrales électriques traditionnelles: la consommation de matériaux et l'usure naturelle sont beaucoup plus élevées. Deuxièmement, la production électrique irrégulière avec l'énergie solaire et éolienne provoque des frais supplémentaires élevés au niveau du réseau et du stockage. Ces coûts sont généralement sous-estimés, voire passés sous silence. Le coût de la production électrique avec des énergies renouvelables – à l'exception de la force hydraulique – est plusieurs fois supérieur à celui de la production classique. La pression sur les petits revenus augmente alors que pour les couches aisées l'électricité sera toujours "abordable". Aujourd'hui déjà on parle en Allemagne de la "pauvreté énergétique". Les ménages qui dépensent un dixième de leur revenu, voire davantage, en sont frappés. En seulement dix ans, le prix de l'électricité a décuplé en Allemagne. Un ménage allemand sur cinq souffre aujourd'hui de pauvreté énergétique. Nous avons intérêt à ce que l'énergie demeure à un prix avantageux pour tous, également pour les petits revenus. Peu fiable et onéreuse, la production électrique avec l'énergie solaire et éolienne ne peut donc en aucun cas remplacer la production électrique classique.

6. Le tournant énergétique est indispensable, faute de quoi nos réserves énergétiques s'épuisent et le changement climatique détruit notre planète.

La réalité est la suivante: nous ne savons pas aujourd'hui si et quand les agents énergétiques fossiles (charbon, pétrole, gaz naturel) s'épuiseront. Malgré la consommation continue, voire croissante d'énergie, les disponibilités énergétiques estimées n'ont pas baissé, mais au contraire augmenté grâce au perfectionnement et au renouvellement des techniques d'extraction. Si un jour les réserves approchent de leur fin, le marché, donc le libre jeu de l'offre et de la demande, provoquera une hausse des prix et, partant, prolongera la disponibilité des réserves restantes. De nouvelles ressources énergétiques peuvent être découvertes et les énergies fossiles peuvent être remplacées. Il est donc parfaitement inutile de provoquer une pénurie d'énergie moyennant une hausse des prix imposée par l'Etat. La prospérité des pays qui agissent de la sorte en pâtit forcément. Le rapport exact entre les activités humaines et le changement climatique est encore controversé à ce jour. Il en est de même de l'efficacité desdites mesures climatiques comme la réduction des émissions de CO2. Compte tenu de ces incertitudes, des mesures aussi drastiques qu'une réduction de trois quarts des émissions de CO2 imposée par la Stratégie énergétique 2050 ne sont pas justifiées, car elles entraînent une baisse de la prospérité sans contre-valeur perceptible.

7. La Suisse a les moyens de donner le bon exemple.

La réalité est la suivante: aujourd'hui déjà la production économique de la Suisse est, comparée à ses émissions de CO2, la plus élevée du monde industrialisé. Peu de Suisses le savent – et encore moins le reste du monde… Notre pays produit aujourd'hui un millième des émissions mondiales de CO2, et cette part baisse constamment. Il est non seulement irréaliste, mais immensément prétentieux de croire que le monde se mesure à la Suisse. Le tournant énergétique allemand, que la Suisse prend comme modèle, est aujourd'hui considéré comme un exemple à ne pas suivre, car il renchérit constamment l'énergie alors que les émissions de CO2 ne baissent et que les centrales électriques au charbon deviennent indispensables pour garantir la sécurité de l'approvisionnement.